Electrification du chemin de fer de la Singine

Le chemin de fer de la Singine, Sensetalbahn (STB) en allemand, fait partie de ces nombreuses lignes ferroviaires construites comme ligne d’apport vers le réseau principal. Elle relie en effet la basse vallée de la Singine à la ligne principale Lausanne – Fribourg – Bern. Contrairement à d’autres de ces lignes d’apport, le chemin de fer de la Singine a été construit à voie normale afin de permettre le transfert des marchandises par wagons sans transbordement.

La ligne longue d’un peu plus de 11 km a été mise en service en 1904. Vu d’aujourd’hui, on peut se demander pourquoi en plus de se relier à la ligne du plateau à Flamatt elle a été reliée à Gümmenen à la ligne Bern – Neuchâtel, d’autant que la configuration des voies était telle qu’aucune circulation directe n’était possible sans faire 2 rebroussements. La section entre Laupen et Gümmenen a d’ailleurs été supprimée en 2003, 10 ans après la suppression du trafic.

Le reste de la ligne entre Flamatt et Laupen (6.8 km) et toujours exploité et desservi par la ligne S2 du RER bernois. Quant à la société STB, elle existe encore mais est devenue filiale des CFF qui en assurent l’exploitation de l’infrastructure.

La ligne a été électrifiée en 1938. A cette occasion, le STB a repris des CFF la locomotive d’essais Ce 2/2 Marianne et commandé une automotrice CFe 2/4 101 (plus tard BDe 2/4). Cette dernière a une histoire intéressante: elle a été vendue au chemin de fer Wohlen-Meisterschwanden (WM) en 1987 où elle circulera comme BDe 2/4 3 avec le surnom de “De gmüetlech Freiämter” et sera transformée en automotrice-restaurant. A la suppression du trafic sur le WM, elle passera en main du Zürcher Museumbahn (ZMB) qui en fait une automotrice pour des trains festifs (voir mon article du 18 décembre 2008). Mais suite à un recentrage sur le matériel SZU (Sihltal – Zürich – Uetliberg) de l’association ZMB, l’automotrice change encore une fois de propriétaire en 2010. Elle appartient maintenant à la Compagnie ferroviaire du Léman (CFDL) qui est en train de la rénover pour l’utiliser comme automotrice-restaurant sous le nom de “La Dame du Léman”. (plus d’informations sur leur site).

Et si je vous en parle aujourd’hui, c’est que la traction électrique a débuté le 30 janvier 1938.

18 mars 1966: le WM sous courant CFF

Je vous ai présenté il y a 3 mois, le chemin de fer Wohlen – Meisterschwanden (voir le billet correspondant). Aujourd’hui, c’est l’occasion d’en reparler, puisqu’il y a 43 ans, la tension d’alimentation a été transformée de 1000V continus à l’origine en alternative 15kV, 16 2/3, comme sur le réseau CFF. Cette modification de la tension avait pour but de permettre la desserte des nombreux raccordements industriels sans changement de locomotive.

Cela a aussi permis au WM d’acquérir 2 automotrices BDe 4/4 de type EAV développée en commun avec d’autres entreprises ferroviaires et l’office fédéral des transports. Pour le plaisir des yeux, voici la BDe 4/4 2 du WM remise en état par la Draisinensammlung Fricktal à Môtiers lors d’une course spéciale:

18.12.1916: Wohlen – Meisterschwanden

Le “chemin de fer du Sud” fut mis en service entre Lenzburg et Rotkreuz progressivement de 1874 à 1881 par la compagnie ASB (Aargauische Südbahn) et la ligne du Seetal en 1883 par le Seetalbahn (STB). Les habitants de la rive est du lac de Hallwil et notamment de la bourgade de Meisterschwanden souhaitaierent alors aussi être relié au chemin de fer.

On pensa d’abord à une ligne de tramway à voie métrique Wohlen (sur la ligne du Südbahn) – Meisterschwanden – Boniswil (sur la ligne du Seetal). Mais diverses industries et la possibilité d’éviter les transbordement firent pencher la balance en vue d’une ligne à voie normale. On renonça alors au tronçon Meisterschwanden – Boniswil.

La concession fut attribuée le 6 avril 1911, les travaux débutèrent le 20 octobre 1914 et le 18 décembre 1916, il y a 92 ans, la ligne de 8.2km de long fut inaugurée par la compagnie du Wohlen – Meisterschwanden (WM)

Dès le départ la ligne a été électrifiée, toutefois en courant continu 1000V à l’origine, tension plutôt rarement utilisée par une ligne à voie normale. Après la deuxième guerre mondiale, le nombre de passagers transporté a fortement chuté, à cause de la concurrence de la route. Toutefois, le transport des marchandises était en constante augmentation. Pour cette raison, l’office fédéral des transports décida en 1964 de transformer la ligne et de l’alimenter en courant alternatif 15’000V comme les CFF, rendant ainsi ce tronçon compatible avec le reste du réseau, dès le 18 mars 1966.

Le WM profita aussi d’un programme de développement et d’acquisition de matériel roulant en commun avec d’autres compagnies (GFM, RVT, MThB, MO), sous la direction de l’OFT: les fameuses automotrices de type EAV (Eidgenössiches Amt für Verkehr) qui furent mise en circulation avec la nouvelle électrification de la ligne. L’image en haut à gauche montre la BDe 4/4 2 du WM remise en état par l’association Draisinensammlung Fricktal à Fleurier lors d’une course spéciale.

La fréquentation de la ligne a toutefois régulièrement baissé et la fermeture d’une usine de fer, important client de la ligne, à Wohlen en 1993 lui porta un coup important. Le trafic voyageur fut supprimé le 31 mai 1997 et la ligne déferrée entre Villmergen et Meisterschwanden. Seul subsiste le tronçon de 2km entre Wohlen et Villmergen où une zone industrielle utilise encore régulièrement les installations ferroviaires. Les deux automotrices BDe 4/4 1 et 2 ont été reprises par le SOB.

A la fin des années 80, on était toutefois encore optimiste, puisque le WM acquis d’occasion l’automotrice BDe 2/4 101 de 1938 du chemin de fer de la vallée de la Singine (Sensetalbahn, STB, mais pas le même STB que le Seetalbahn!) qui devient BDe 2/4 #3 au WM. Elle reçu le surnom de ‘De gmüetlech Freiämter’

A la suppression du trafic voyageur cette automotrice fut reprise par le Zürcher-Museumsbahn (ZMB). Elle est ici photographiée à Sihlwald.